Congrès CIBJO 2026 : retour sur le Congrès du Centenaire à Vicence

Du 4 au 7 septembre 2026, la World Jewellery Confederation (CIBJO) a réuni à Vicence, en Italie, les dirigeants de l’industrie de la bijouterie, de la gemmologie et des métaux précieux, à l’occasion de son Congrès du Centenaire — cent ans après la fondation de l’organisation à Paris en 1926. L’événement, qui s’est tenu au […]

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Du 4 au 7 septembre 2026, la World Jewellery Confederation (CIBJO) a réuni à Vicence, en Italie, les dirigeants de l’industrie de la bijouterie, de la gemmologie et des métaux précieux, à l’occasion de son Congrès du Centenaire — cent ans après la fondation de l’organisation à Paris en 1926. L’événement, qui s’est tenu au centre d’exposition Fiera di Vicenza en parallèle du salon VicenzaOro, a couvert un vaste éventail de sujets, des marchés du diamant à l’intelligence artificielle en passant par la durabilité. Voici les temps forts.

Une ouverture placée sous le signe du centenaire

Le congrès s’est ouvert avec un discours retraçant les cent ans d’histoire de l’organisation, née BIBOA à Paris avant de devenir CIBJO en 1961. L’un des temps forts de l’ouverture a été l’intervention de Gareth Penny, ancien directeur général de De Beers Group, qui a insisté sur l’importance de campagnes émotionnelles pour relancer un marché du diamant naturel en difficulté.

Marché du diamant : pression sur les prix et nomenclature en discussion

Martin Rapaport a évoqué les perturbations causées sur le marché par la mauvaise identification des diamants synthétiques, tout en soulignant que des opportunités subsistent pour le secteur naturel. Un autre intervenant a signalé qu’une baisse de l’offre de diamants bruts soutenait actuellement les prix des diamants naturels.

Le sujet qui a le plus animé les débats reste toutefois celui du vocabulaire. La Commission Diamant, présidée par Udi Sheintal, a proposé d’adopter « synthétique » comme terme unique pour désigner les diamants produits industriellement, abandonnant les formulations « laboratory-grown » et « laboratory-created » retenues depuis 2010. Mais cette proposition s’est heurtée en fin de congrès à une résistance organisée d’une partie du secteur (voir la section dédiée ci-dessous). Un chiffre a d’ailleurs marqué les esprits : plus de la moitié des bagues de fiançailles vendues en volume aux États-Unis comportent désormais des diamants de synthèse.

Métaux précieux : la bijouterie pèse moins dans la demande d’or

Un expert a signalé que la part de la bijouterie dans la demande mondiale d’or (bullion) est en recul, tandis que l’International Precious Metals Institute (IPMI) a présenté de nouvelles initiatives portées par les raffineurs du secteur.

Intelligence artificielle : entre opportunités et vigilance

L’IA a fait l’objet de plusieurs sessions distinctes :

  • Un panel conjoint de la Commission Éthique et du Comité Technologie a examiné les implications éthiques et légales de l’IA pour l’industrie, notamment son usage croissant en service client et la protection de la propriété intellectuelle.
  • La Commission Gemmologique a insisté sur la nécessité d’une responsabilisation accrue de l’IA dans les rapports d’analyse de pierres (détail dans la section vocabulaire ci-dessous).


Durabilité et chaîne d’approvisionnement

Plusieurs initiatives ont été présentées sur ce volet :

  • Un nouveau lexique de terminologie, le Blue List, destiné à harmoniser le langage de la chaîne responsable (voir ci-dessous).
  • De nouveaux outils CIBJO pour faire progresser la durabilité dans l’ensemble du secteur.
  • L’exploitation artisanale a été présentée comme porteuse de croissance, à condition d’être davantage formalisée.
  • L’industrie horlogère suisse, via la Fédération Horlogère, a détaillé les mesures prises pour renforcer la traçabilité et la confiance dans sa chaîne d’approvisionnement en gemmes, un secteur qui traite les pierres comme des composants de précision.


Pierres de couleur, perles et corail

  • La Commission Pierres de Couleur a présenté un nouveau guide sur l’opale, ainsi qu’un guide actualisé sur le jade.
  • La Commission Perles a mis l’accent sur un message « nature-positive », soulignant les bénéfices environnementaux de la perliculture.
  • Un rapport pré-congrès dédié au corail a rappelé l’importance de transmettre le savoir-faire artisanal entre générations pour assurer la durabilité de ce secteur.


Éducation et géopolitique

Le lancement d’une International Fine Jewellery Academy à Milan a été annoncé pendant le congrès. Par ailleurs, un intervenant a souligné que la géopolitique pèse de plus en plus sur les marchés mondiaux de la bijouterie, un facteur que les acteurs du secteur doivent désormais intégrer à leur stratégie.

Zoom : ce qui change dans le vocabulaire des rapports et des ventes

Au-delà des tendances de marché, le congrès a produit plusieurs décisions concrètes — actées ou encore en discussion — sur les mots à utiliser dans un rapport d’analyse gemmologique ou face à un client.

Diamants : un débat non tranché. La proposition d’adopter « synthétique » comme terme unique s’est heurtée à une lettre signée par plusieurs responsables du secteur, demandant de reporter toute décision définitive. Wesley Hunt, président du comité dédié aux diamants de synthèse, souhaite conserver « laboratory-grown » comme terme alternatif accepté, notamment parce que ce vocabulaire reste dominant aux États-Unis et en Inde, quand la France et la Russie n’autorisent déjà que « synthétique ». La décision finale revient au Conseil d’administration de la CIBJO, qui devait se prononcer en toute fin de congrès. À ce stade, mieux vaut donc considérer le sujet comme non tranché.

Pierres de couleur : une ligne plus claire. La Commission Pierres de Couleur a, elle, déjà retiré « laboratory grown » et « laboratory created » de son Blue Book au profit de « synthétique », sans la même controverse.

Les 4C réservés aux pierres naturelles. Sur ce point, consensus : le système des 4C (Cut, Colour, Clarity, Carat) doit rester l’apanage des diamants naturels, ces critères étant conçus pour rendre compte d’une rareté géologique qui n’a pas de sens pour une pierre produite industriellement.

Le Blue List, un lexique pour le discours commercial. Ce nouveau guide de référence propose des définitions précises pour les termes les plus utilisés en marketing :

  • Durable : bénéfices socio-économiques intégrés et pérennes, protection environnementale.
  • Responsable : conforme aux normes internationalement reconnues.
  • Éthique : meilleures pratiques actuelles en matière de responsabilité sociale, en plus des normes reconnues.

Le lexique déconseille aussi des formules jugées trop vagues comme « eco-friendly » ou « environmentally friendly », et précise que la « traçabilité » ne doit pas être confondue avec la blockchain, simple outil parmi d’autres pour l’atteindre.

IA et rapports de laboratoire. La Commission Gemmologique recommande que tout système d’IA ou de machine learning utilisé pour un test, un grading ou une aide à la décision soit soumis aux mêmes exigences de contrôle qualité et de vérification qu’une méthode d’analyse conventionnelle. L’IA peut assister, mais ne dispense pas le laboratoire de ses obligations de traçabilité et de vérification humaine.

Ces décisions, actées ou encore en discussion, seront progressivement intégrées aux Blue Books de la CIBJO — les référentiels internationaux de l’industrie pour les diamants, pierres de couleur, perles, laboratoires gemmologiques, métaux précieux, corail et sourcing responsable. Nous suivrons en particulier l’issue du débat sur la nomenclature des diamants de synthèse dans les prochaines semaines.

Source : Congrès CIBJO 2026, Vicence, Italie (4-7 septembre 2026).

 


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